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Les maladies chroniques évitables de notre société

« Cancer is evitable », dit un chapitre du rapport sur la Politique et Action pour la Prévention du Cancer du World Cancer Research Fund. Entendons-nous bien – il s’agit de réduire l’incidence de cancer, ou plutôt de retarder l’âge auquel il survient (la population augmentant et vieillissant, et les moyens de dépistage évoluant, l’incidence en réalité croît), pas de l’éliminer comme on éliminerait une maladie infectieuse. Dans quelle mesure est-ce évitable ?

Il y a bien une composante génétique qui rend la prédisposition à certains cancers héritable, cependant des facteurs externes seraient le plus souvent nécessaires au développement du cancer. En effet, on a pu observer qu’une population A, avec son pattern de cancers, qui migre dans une population B avec un pattern différent, développe en une ou deux générations un pattern semblable à celui de la population B ! Cela implique que les taux des différents cancers varient à travers le monde - en effet, la plupart des cancers présentent une variabilité parfois grande : le cancer œsophagien est 4 fois plus fréquent en Chine qu’aux Etats-Unis. Ceci nous permet de dire une chose – un facteur clé de la variabilité des cancers est l’environnement.  

Il est admis que les principaux facteurs impliqués sont la consommation du tabac, la nutrition, l’activité physique et les facteurs associés. Ensuite viennent l’infection, la pollution environnementale et industrielle, les médicaments, la radioactivité. Prenons l’obésité - elle tend à augmenter avec le revenu national moyen (OMS), et ce plus souvent dans la population pauvre du pays. Les cancers évitables par une alimentation, nutrition, activité physique et poids adéquats représentent, aux USA et Royaume-Uni, un quart des cancers totaux, avec des chiffres allant jusqu’à 75% pour l’œsophage (70% endomètre, 65% ORL). 

(Source : World Cancer Research Fund / American Institute for Cancer Research. Policy and Action for Cancer Prevention. Food, Nutrition, and Physical Activity: a Global Perspective, 2009) 

N’oublions pas que l’addition d’un facteur de risque comme le tabagisme tend à multiplier le risque encouru de développer certains cancers, sans parler des maladies chroniques cardiovasculaires et pulmonaires. D’ailleurs, parlons-en : en Belgique, l’OMS estime que 86% de la mortalité est due à des maladies non-transmissibles, dont 35% de maladies cardio-vasculaires, 26% de cancers, 7% de maladies respiratoires et 2% de diabètes (rappelons qu’il s’agit de mortalité, non de morbidité). Elle indique aussi que 80% des diabètes et maladies cardio-vasculaires (dont AVC) prématurés sont évitables. Actuellement, plus de 20% des belges sont considérés comme obèses, 20% sont fumeurs quotidiens, et 50% présentent un mode de vie sédentaire. Pour finir, le CépiDc-Inserm estime qu’un tiers des décès avant 65 ans (appelée mortalité prématurée) étaient évitables en 1999, et 42% dans la tranche 25-44 ans. 

Notons que les principaux facteurs de risque communs aux principales maladies chroniques, à savoir le tabagisme, la sédentarité et l’alimentation inadéquate, sont - comme on l’a vu plus haut - les mêmes que ceux des cancers. Si on souhaite soigner ses patients, on souhaite évidemment d’autant plus qu’ils ne tombent pas malades (à moins de voir sa patientelle comme une mine d’or). Je trouve qu’il serait donc totalement incohérent de ne pas discuter avec ses patients du changement de leur « mauvaises » habitudes si nécessaire. 

Il y a une réflexion à faire sur nos modes de vie. Il est peut-être illusoire actuellement d’imaginer pouvoir changer les gens, mais c’est à mon avis possible, et nécessaire. Qu’est-ce qui cause une assuétude comme celle au tabac, l’alcoolisme, celle à la malbouffe ? Serait-ce une simple réaction à une publicité excessive ? Serait-ce culturel ? Une impression de transgresser des interdits (la fumette) ? Je ne pense pas que ce soit vrai, du moins pas en totalité. Ne serait-ce pas plutôt le comblement d’un manque, d’une insatisfaction ? Peut-être même une envie de s’infliger du tort ? Je ne suis pas sensible aux images dégoutantes sur les paquets de clopes, les fumeurs non plus. Personnellement, je suis convaincu qu’il y a systématiquement un mal-être à l’origine d’une assuétude, et qu’il vaut la peine au patient de l’explorer. Nous serons et sommes déjà des acteurs pouvant promouvoir un mode de vie plus sain, nous pouvons du moins rediriger ses patients vers des personnes qu’on jugerait plus compétentes ou adaptées. 

Ma position envers les actions préventives menées en ce sens reste que quel que soit l’âge de mort ou de morbidité chronique lourde d’un individu, et quel que soit le taux de mortalité global qu’on parviendrait à éviter, avoir eu un mode de vie sain aura de toute façon jusqu’à cet âge apporté au patient une qualité de vie meilleure, tant sur le plan physique que psychique. 

Article par Severin Puchalski 

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Dernière modification ledimanche, 18 mai 2014 20:54
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Guillaume Lefebvre

Délégué journal du Bureau Etudiant de la Faculté de Médecine

Site internet : elogedelafolie.bemulb.be

1 Commentaire

  • Ride the snake
    Ride the snake lundi 19 mai 2014 20:47 Lien vers le commentaire

    Je te rejoins sur l’idée que les addictions sont souvent le reflet de nos frustrations. Mais il faut aussi répondre à la question pour quoi (pas seulement pourquoi). Pour quoi manger de la verdure, transpirer et se faire mettre une caméra dans le fondement ? Pour quoi le chômeur devrait il renoncer aux derniers plaisirs qu’il lui reste même s’ils sont mauvais pour son foie ou ses poumons ? Tout le monde n’a pas comme idéal de mourir à 99ans d’un infarct seul avec son Alzheimer
    le nez dans une soupe au Nesquik…

    En fait je suis d’accord avec l’essentiel de ce que tu dis mais je m’alarme du fait que ce discours donne du poids à un courant de pensé plus large auquel je m’oppose : notre époque glisse lentement vers la décadence et les « hallucinés de l’arrière-monde », effrayés, réagissent en prônant des règles qui amputent nos libertés au nom de la sécurité.

    Aux prêcheurs du principe de précaution je réponds la curiosité. Aux prophètes de la grande santé j’oppose le dionysiaque. En face des paternalistes je défends mon libre arbitre. On me parle d’assuétude où je vois de l’hédonisme. Aux contempteurs du corps j’aimerais apprendre à danser…

    J.

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